Biographie Laurier Wilfrid



Biographie Laurier Wilfrid

Wilfrid Laurier, le plus illustre sans doute de nos compatriotes, celui en tout cas qui a porté le plus haut et le plus loin le renom et la gloire de l'homme d'Etat canadien français, est né à Saint Lin, au pied des Laurentides, le 20 novembre 1841. Il est mort, à Ottawa, la capitale fédérale, le 17 février 1919, à 77 ans.

Le premier ancêtre de la famille Laurier au Canada, François Jacques Cottineau dit Champlaurier, venu de la Charente en France, s'était établi à Lachenaie vers 1677. Le père du futur sir Wilfrid, Carolus Laurier, résidait à Saint Lin et il était arpenteur. Sa mère, Marcelle Martineau, une bonne et digne femme, mourut jeune, alors que Wilfrid n'avait encore que 4 ou 5 ans. L'enfant fut élevé par une belle mère, qui lui était d'ailleurs dévouée et sympathique. Le jeune garçon fit ses classes élémentaires à l'école de son village de Saint Lin et à celle de New Glasgow (Sainte Sophie) dans le voisinage, où il s'initia aux premiers éléments de la langue anglaise, qu'il devait parler plus tard avec tant d'aisance.

En 1854, à 13 ans, il entrait au collège de l'Assomption, et il y suivit tout son cours classique. Il vint ensuite faire son droit, à Montréal, à l'Université McGill. A l'Assomption, si j'en crois la tradition, on appela Laurier "le petit Monsieur", à cause de sa distinction innée et de sa belle tenue. A McGill, ce fut "le jeune Monsieur", pour la même raison. Toute sa vie, au reste, Laurier a été un "Monsieur" dans le meilleur sens du terme, je veux dire un parfait gentilhomme. Reçu avocat à 23 ans, en 1864, il pratiqua sa profession à Montréal, avec Médéric Lanctôt, pendant quelques mois. Il alla ensuite s'établir à Arthabaska, dans les Cantons de l'Est. En 1868, il épousait, à Montréal, Zoé Lafontaine, une jeune fille d'humble condition, mais vertueuse et de très digne caractère, qu'il aimait et qui l'aimait, ce qui est le meilleur gage de bonheur, et qui lui a été, pendant cinquante ans, la plus dévouée et la plus distinguée des femmes. Sir Wilfrid et lady Laurier n'ont pas eu d'enfants. Ce leur fut un chagrin bien réel, dont ils se sont consolés en répandant, autour d'eux, chez les enfants des autres, le plus de bonheur qu'il leur fut possible.

En 1866 et 1867, Laurier combattit le projet et l'acceptation de la Confédération canadienne et il fut, contre Cartier et MacDonald, [sic] du parti de Dorion et des libéraux. Dans la suite, au cours de sa carrière, il s'est efforcé de perfectionner ce système compliqué d'un gouvernement fédéral avec des provinces en partie autonomes. Il semble bien qu'il n'y ait pas réussi comme il l'aurait voulu. Laurier avait 30 ans, en 1871, quand les électeurs d'Arthabaska l'envoyèrent siéger à la Chambre de Québec. Trois ans après, en 1874, les mêmes électeurs le choisissaient pour être leur député aux Communes d'Ottawa. Ministre dans le cabinet libéral MacKenzie en 1877, il dut en cette qualité de ministre responsable subir une réélection. Cette fois, il fut défait dans Arthabaska par D. O. Bourbeau, un marchand influent de Victoriaville. Mais, tout de suite il fut élu dans Québec Est, à la place d'Isidore Thibaudeau, qui avait démissionné en sa faveur et fut nommé sénateur.

Québec Est devait réélire Laurier, sans interruption, pendant quarante deux ans, de 1877 à 1919. Le grand homme fut aussi, dans la suite, pour quelques sessions, député, d'Ottawa, puis de Soulanges. En 1887, il succédait à Blake comme chef du parti libéral à Ottawa, et ce devait être pour trente deux ans, jusqu'à la fin de sa vie. En 1896, son parti étant sorti victorieux des urnes, Laurier fut appelé à former un ministère et gouverna le pays comme premier ministre pendant quinze ans, de 1896 à 1911. Les conservateurs, dirigés par M. Borden, l'ayant emporté aux élections de 1911, Laurier redevint chef de l'opposition, et ce fut pour jusqu'à sa mort en 1919.

Laurier avait été créé, en juin 1897, baronnet avec le titre de sir. On l'appela désormais sir Wilfrid. Il était aussi grand officier de la Légion d'honneur de France.

Je n'entre pas dans l'énumération de toutes les discussions que sir Wilfrid eut à conduire à la tête du ministère, ni non plus des mesures progressives qu'il préconisa. De celles ci, le Père LeJeune, l'ami de toujours du grand homme, et qui l'a assisté à sa mort en novembre 1919 - comme aussi lady Laurier, en novembre 1921 --, dans son Dictionnaire général, donne une liste imposante.

De 1871 à 1919, la vie publique de sir Wilfrid Laurier a duré pas loin d'un demi siècle, exactement quarante huit ans. Ils sont rares assurément, en régime démocratique, les hommes d'Etat qui conservent ainsi la confiance de leurs commettants et se maintiennent aussi longtemps devant l'opinion. Député à 30 ans, ministre fédéral à 36 ans, chef de son parti à 46 ans, au pouvoir durant quinze ans, Laurier a fourni une carrière politique vraiment remarquable et même étonnante entre toutes. Il est mort étant redevenu chef de l'opposition depuis huit ans, c'est vrai. Mais il est mort en pleine gloire encore, les armes à la main, si l'on peut dire ainsi d'un homme politique, reconnu par tous ses concitoyens, ceux de langue anglaise autant que ceux de langue française, les conservateurs aussi bien que les libéraux, comme le premier homme d'Etat du Canada, bien plus, salué dans le monde entier comme l'un des hommes les plus considérables et les plus considérés de son temps.

Comment peut on s'expliquer cette rare et singulière fortune de Laurier ? Par les qualités physiques dont il était richement pourvu d'abord, ensuite parce qu'il était honnête homme et gentilhomme comme il en est peu, parce que aussi il possédait à un haut degré le don puissant de l'éloquence, et parce que, enfin, dans un pays difficile à gouverner, il fut un homme souple, un chef de parti accessible aux compromis, ou, si l'on veut, un diplomate habile. Sur ce dernier point, qu'on le remarque bien, je n'apprécie pas, je constate, rien de plus.

L'apparence et la mine extérieure ne font pas l'homme supérieur sans doute, ni non plus l'homme d'Etat. Mais il n'est pas indifférent à celui qui brigue les suffrages de ses concitoyens de payer de sa personne en prestance, d'avoir une voix agréable, de gesticuler avec élégance et même d'être toujours bien mis. L'habit ne fait pas le moine, soit. Mais il lui aide à le paraître avec dignité. Or, notre grand sir Wilfrid, le "petit Monsieur "du collège et "le vrai Monsieur" de toujours, était sans conteste un fort bel homme. Très grand, bien fait, de geste aisé et de figure expressive, avec une tête incomparable au large front et aux yeux bien vivants, couronnée depuis longtemps de la plus magnifique chevelure blanche qui se puisse rêver, possédant une voix au timbre riche et harmonieux que les plus célèbres ténors auraient pu lui envier, Laurier dégageait de toute sa personne, surtout quand il parlait en public, je ne sais quel charme et quel magnétisme. Je ne crois pas trop dire en affirmant que, moins vibrant que d'autres peut être -- Chapleau par exemple -- mais plus insinuant que personne, Laurier était physiquement, comme orateur, absolument irrésistible. Sans en être orgueilleux, il en avait conscience, je pense, et quand il a dit un jour : "Suivez mon panache blanc !", il savait ce qu'il disait.

Ce bel homme était aussi un honnête homme et un gentilhomme dans la meilleure acception des termes, qualités morales, qui, au fond, mieux que tous les avantages physiques, donnent ou assurent de l'emprise sur les masses populaires. "Je laisse à d'autres d'apprécier sa longue carrière politique, écrivait au lendemain de sa mort Mgr Bruchési à lady Laurier, mais je tiens à vous dire, Madame, que, en votre regretté sir Wilfrid, c'est l'une de nos plus belles gloires canadiennes qui disparaît et que sa mort nous est certainement à tous l'occasion d'un deuil national. Des relations intimes m'ont permis plus d'une fois de pénétrer toute la noblesse de son âme. La bonté, je le sais, faisait le fond de sa nature. Il a soulagé bien des misères et encouragé nombre de jeunes talents. Dans ses relations, dans ses lettres, dans ses discours, dans sa vie publique et dans son intimité, M. Laurier, à ma connaissance, n'a jamais blessé la charité . . ." Voilà qui constitue un beau témoignage, et venu de haut, auquel se pourraient joindre tant d'autres, rendu à l'honnête homme et au gentilhomme qu'était sir Wilfrid.

Laurier a été en plus, et ce fut une autre cause de son immense prestige, un grand orateur, l'un des plus grands que nous ayons eus, après Papineau et avec Chapleau et Mercier, pour ne parler que de ceux du passé. C'était, par excellence, l'orateur parlementaire, le silver tongue, disaient les députés anglais, l'orateur à la langue d'argent. J'ai parlé de ses dons physiques. Mais, il en avait bien d'autres encore. Il avait l'intelligence, il avait le cœur, il avait l'imagination. Le sénateur David, qui fut son ami fidèle, un ami sincère et franc, écrivait en 1894 :

"L'éloquence de Laurier diffère de celle de Chapleau et de celle de Mercier. Sa voix est douce, sonore et harmonieuse, son langage est correct, élégant et gracieux comme ses manières, ses pensées et ses sentiments sont nobles et élevés comme sa tête et comme son regard... Il est l'égal des grands hommes d'État et des orateurs les mieux accomplis du vieux monde . . ." Je crois, en toute sincérité, que c'est là un jugement que l'histoire a déjà ratifié.

Enfin, l'un des plus puissants moyens d'action de Laurier fut, si je ne me trompe, son opportunisme. Laurier a été un meneur habile, un diplomate souvent heureux, un chef de parti accessible aux compromis. A t il eu tort, a t il eu raison ? C'est une bien grosse question. Sur sa tombe, un journaliste de Québec des plus distingués, qui l'avait souvent combattu, écrivait ces lignes très significatives: "La dignité constante de la vie de sir Wilfrid et l'élévation de son caractère permettent de penser que, dans des circonstances difficiles, il a plutôt obéi à des motifs d'ordre élevé. L'histoire dira si sa manière de voir, et, par conséquent, sa manière d'agir, ont été les plus justes et les plus pratiques." Je laisse, à mon tour, à la postérité de juger Laurier et son oeuvre, quand le recul des ans aura permis de faire le juste point. Mgr Mathieu a rappelé, en prononçant son oraison funèbre à Ottawa, que l'idéal de Laurier avait été d'unir, sans les assimiler, les Canadiens de race française à ceux de race anglaise au milieu desquels la Providence veut qu'ils vivent. C'était une rude tâche, et il n'y a pas, je pense, complètement réussi. Mais, le but auquel il tendait était évidemment noble et élevé.

La vie publique est le plus souvent dure à ceux qui la mènent. Comme Lafontaine et comme Cartier, Laurier a connu, sur la fin de ses jours, que la politique est ingrate. Ce sont ses propres amis et partisans des provinces anglaises, divisés d'avec lui sur la délicate question de l'aide à apporter à l'empire au cours de la grande guerre, qui se sont chargés de le lui faire rudement sentir. Mais, en supportant l'épreuve la tête haute et l'âme sereine, il s'est grandi davantage, en ajoutant à sa gloire le cachet de la souffrance. Il ne m'a jamais paru plus courageux et plus digne que lorsque, au soir de sa vie, il se trouva soudain abandonné aux Communes par un groupe important de ses partisans qui entraient dans un cabinet d'union dirigé par M. Borden. On a dit que cela avait hâté l'heure de sa mort. Je n'en sais rien. Mais, ce que je sais bien, c'est que, dans l'adversité comme dans la bonne fortune, et plus encore peut être, sir Wilfrid Laurier s'est montré vraiment grand.

Source : Abbé Elie-J. AUCLAIR, Figures canadiennes. Deuxième série, Montréal, éditions Albert Lévesque, 1933, 209p., pp. 112-121.

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