Biographie Clara Paquet



Biographie Clara Paquet

(Texte tiré du livre " Norbert Pâquet et Emma Ouellet, d'Isaac à Norbert, de René à Emma, page 294 à 296)

 

                                                           

Clara naît le 2 mars 1903, à Amqui. Fille de Norbert Pâquet et d'Emma Ouellet, elle est la cadette d'une famille de onze enfants dont huit vivants.  Son enfance se passe à Amqui avec ses très aimés et honorables parents.  Elle commence l'école vers l'âge de sept ans et voyage un mille pour s'y rendre.  Durant quelques mois, elle poursuit son instruction au couvent des Sœurs de Notre-Dame-du-Saint-Rosaire.  Certains conflits entre le village d'Amqui et la paroisse Saint-Benoît, l'oblige à abandonner ses études.  C'est le cas pour toutes ses amies «des rangs».  Elle revient au foyer paternel et travaille avec joie et agrément aux travaux journaliers avec sa mère et sa sœur.  Une vie qu'elle qualifie «confortable et heureuse».

 

Le temps passe et la jeune Clara commence à penser au mariage.  Un jour arrive un beau jeune homme qui allait marquer sa vie.  Émile Lagacé a des vues bien précises sur la benjamine de la famille Pâquet.  Il l'épouse le 3 janvier 1921, à Amqui.  Clara n'a pas encore 18 ans et Émile atteignait sa majorité en avril dernier.  Ils s'installent sur une terre aux limites d'Amqui et de Saint-Léon-le-Grand.  Surnommée la «petite terre», celle-ci borde la propriété du beau-frère Émile Bérubé.  C'est à cette endroit que naît leurs cinq premiers enfants: Achille, Norbert, Antoinette, Hélène et Rosa-Marie. 

 

Les temps sont durs et la crise économique du temps, oblige Émile et Clara à se départir de leur terre.  Ils déménagent à Tourville dans le comté de L'Islet.  Émile est vendeur pour la compagnie Rawleigt.  Ce travaille ne l'intéresse guère, de plus, il ne peut suffire aux besoins de la famille.  Après trois ou quatre années, ils quittent ce milieu.  Durant leur séjour dans cette paroisse, naissait deux autres garçons, Rosaire et Julien.  Clara et Émile reviennent s'installer parmi les leurs.  Clara donne naissance à son 8e enfant, Léopold naît le 26 janvier 1932, à Amqui.  Depuis son retour dans la Vallée jusqu'en 1938 environ, Émile exerce son métier de cordonnier.  La famille continue de s'agrandir, quatre enfants naissent à Saint-Léon-le-Grand: Lucille, Jeanne-Clara, Salomon, et Paul-Émile.  Les besoins augmentant, ils quittent le petit village de Saint-Léon pour s'établir sur une terre de «colonisation».

 

Se soutenant mutuellement, s'armant de courage et de ténacité en espérant des jours meilleurs, ils se lancent vers un avenir qu'ils espèrent prometteurs. Hélas, la crise, le dur labeur et la grande misère les attendent dans ce pays éloigné des leurs.  Le 29 octobre 1938, par un beau matin d'automne, la famille, le ménage sans oublier le petit chien Bijou, prennent place dans le camion et quittent Saint-Léon-le-Grand en direction d'une petite colonie non défrichée, Saint-Conrad. 

 

Ça descend… ça descend assez bien.  Température favorable pour cette période de l'année.  Finalement ils arrivent à la route qui leur est destiné, puis les voilà dans les montagnes, sur un chemin boueux et très étroit.  Ce chemin avait plutôt les allures «d'un tracé de bois»  C'est la tombée des feuilles, ce qui rend le chemin encore moins praticable.  Puis ça monte… ça monte.  «Heu, up!» Voilà que le camion éprouve de la difficulté à avancer.  À mi-chemin ou presque, sur le faîte d'un coteau, le véhicule chargé se prend dans la boue.  Le chauffeur refuse d'aller plus loin.  Que faire alors?  Il résiste, s'obstine puis n'en pouvant plus d'argumenter, Émile cède.  Le conducteur laisse en pleine route boueuse, la famille et tout le ménage.  Il remonte dans son camion débarrassé de son poids et reprend la route du retour.  Que faire maintenant?  Comment se rendre à destination?  Ah! Ah!  Voilà quelqu'un vient… Un citoyen de la colonie, monsieur Émile Thibodeau, le postillon, avec son cheval attelé sur un selky. Cet homme charitable s'arrête un temps soit peu, cède sa place à Clara et aux quatre plus jeunes.  C'est ainsi que la famille se rend à St-Conrad; une partie de celle-ci en selky et l’autre à pied. Durant plusieurs milles, monsieur Thibodeau marche au côté de sa monture la guidant jusqu’à chez lui. 

 

Ce soir là, la famille soupe chez les Thibodeau.  Clara et les quatre plus jeunes y passent la nuit, le reste de la famille est hébergé dans le voisinage.  Le lendemain, Émile, avec quelques bons samaritains, retournent chercher le ménage, le travail de quelques jours.  C’est non sans peine que finalement la famille s’installe à St-Conrad. Ici tout est à faire. Ces courageux  parents avec leurs « belles jeunesses » s’attellent à la tâche, défrichent, cultivent puis récoltent le fruit de leurs labeurs. À travers tout cela, Émile doit se déplacer souvent pour la « boustifaille », tout ce que la terre et la ferme ne peuvent produire. Il part à l’aurore,  avec son petit chien tirant une voiturette. Les deux compagnons traversent les montagnes, parcourent des milles de routes et reviennent tard le soir, avec quelques provisions. Clara, à la maison, avec ses filles, voit à la bonne marche du foyer : repas, couture, jardinage et toutes sortes de travaux domestiques.

 

Le temps file. Un an plus tard, le terrain défriché s’agrandit et quelques bâtiments s’ajoutent; les parents se sentent d’attaque. Émile se rend à St-Léon-le-Grand pour chercher quelques animaux chez son frère Joseph et sa sœur Claire. Ceux-ci possèdent un peu du bien paternel. Il revint avec un cheval attelé à une voiture équipée, une vache, un cochon, quelques poules et tout ce dont il convient pour la circonstance.

 

Nous sommes en 1943 et la vie continue cou-ci cou-ça. La famille s’est agrandie de trois autres garçons : Jean-Marie, Léonce et Marc-André. Tous unis, se serrant les coudes, chacun fait sa part, la maisonnée avance dans la vie au rythme de l’époque. Les uns vont à l’école du rang  et les autres triment dur sur la terre ou dans les chantiers. Les enfants vieillissent, se marient, partent chacun leur tour, s’installent et fondent leur famille.

 

En 1946, la famille Lagacé achète sa première voiture, une Chevrolet. Quelle merveille! Vers 1954, jusqu’à sa fermeture en 1969, Émile et Clara obtiennent le bureau de poste. Par la même occasion, ils ouvrent un petit dépanneur pour accommoder les gens de la place.

 

En 1958,  c’est l’année de la « lumière », l’électricité fait son apparition à St-Conrad. Encore une fois, il faut se battre pour réaliser ce projet qui leur tient tant à cœur.

 

En 1961, Émile obtient le contrat du transport d’écolier. Il achète un autobus et transporte les enfants du primaire et du secondaire de St-Conrad à l’école de Restigouche puis de Pointe-à-la-Croix, jusqu’en 1971.

 

Ces années difficiles sont parsemées de bons moments. Ils sont heureux avec leur famille, les amis et les parents qui viennent de loin les visiter. Quel plaisir ils ont à les recevoir, à partager un repas, à les garder à coucher, à jouer aux cartes, à chanter et à jaser, Bla Bla! La vie était belle malgré tout.

 

Les années passent bien qu’il soit encore alerte la santé d’Émile diminue. Dans la mesure du possible, Émile et Clara font quelques beaux voyages avec leurs frères et sœurs. Ils profitent bien de ces quelques moments d’accalmie.

 

La vie à une fin, c’est certain… Et voilà  qu’au soir du 12 janvier 1971, papa Émile décède, à l’âge de 70 ans et 8 mois. Durant 29 ans, maman Clara continue seule sa route. Elle décide, un peu plus tard, de quitter St-Conrad pour s’installer à Rimouski. D’abord chez le plus jeune de ses fils et par la suite, dans un petit appartement près de l’hôpital. Après quelques années, en raison de son âge et de ses capacités qui commencent à diminuer, elle quitte Rimouski pour des foyers plus adéquats.

 

Ses enfants l’installent au Foyer Gendron de Pointe-à-la-Croix. Elle y passe six bonnes années,  encore heureuse de vivre entourée de ses enfants. Clara perd peu à peu de son autonomie et demande de plus en plus de soins. En novembre 1995, elle déménage au C.L.S.C. de Matapédia où elle vit encore cinq ans.

 

Au cours de la journée du 18 janvier 2000, elle s’éteint comme un petit oiseau, dit-on, à l’âge de 96 ans et 10 mois. Elle part rejoindre son époux. Elle nous a quitté, oui, mais nous la gardons bien vivante dans nos souvenirs. Elle nous laisse une partie d’elle-même : une bonne éducation, de bonnes valeurs morales, le goût du travail bien fait, un sens du devoir et des responsabilités et quoi encore. Maman, de là-haut, tu continues d’être notre guide… Merci maman!

 

 

Les enfants de Clara Pâquet et de Émile Lagacé

 

Famille Émile Lagacé et Clara Pâquet

Avant: Léonce, Émile Lagacé, Marc, Clara Pâquet et Jean-Marie

Centre: Paul-Émile, Jeanne-Clara, Lucille, Rosa, Hélène et Antoinette

Arrière: Salomon, Léopold, Julien, Rosaire, Norbert et Achille

 

 

 

Hommage à tante Clara

 

Née à Amqui le 2 mars 1903, Clara Pâquet, fille de Norbert Pâquet et d’Emma Ouellet, originaires de Saint-Ulric, est la cadette d’une famille de onze enfants, et la seule à voir le jour dans cette vallée encore toute neuve. Ses parents, des paysans modestes, étaient depuis 1902, propriétaires d’une ferme aux abords de la rivière Humqui.  Cette terre est aujourd’hui la propriété de la « Ferme Pâquet et Frères » d’Amqui, neveux et petits neveux de Clara. Ses parents ont été les initiateurs d’un projet concernant la construction d’une nouvelle route appelée autrefois le  « chemin des Pâquet », route qui aujourd’hui, est une partie de la 195 sud, menant à St-Léon-le-Grand.

 

Tante Clara était unique en son genre. Une « grande dame » dans l’âme et dans le cœur qui, physiquement faisait à peine ses cinq pieds, rondelette avec des bras plutôt courts qu’elle plaçait souvent au dessus de sa poitrine plantureuse, et tout cela couronnée d’une chevelure abondante et aussi blanche qu’une première neige. Elle était ce genre de grand-maman auprès de laquelle on a envie de se réfugier quand la vie nous fait des petites misères. Intéressée à nos soucis et à nos petits bonheurs, elle était de bon conseil. Petits ou grands, elle portait une attention particulière aux gens de son entourage. Mais ce qui caractérisait davantage cette femme est sans aucun doute sa mémoire remarquable des événements et son talent de conteuse. Tante Clara était en quelque sorte une encyclopédie vivante, un grand livre ouvert rempli d’histoires et d’images, et  la côtoyer c’était s’enrichir. S’enrichir d’anecdotes familiales, d’événements de la petite histoire régionale et plus encore, de sa personne. Sa grande générosité, sa joie de vivre et son amour faisait qu’on s’attachait à elle.

 

Mariée à Amqui, le 3 janvier 1921, à mon grand-oncle Émile Lagacé, (frère de ma grand-mère paternelle) elle aura une famille nombreuse; quinze enfants nés entre 1922 et 1943 et une descendance plus que considérable. Le 29 novembre 1939, le couple Lagacé et leurs 12 enfants nés à ce jour, quittaient la vallée de la Matapédia pour s’établir à Saint-Conrad, là où tout était à refaire. Elle racontait son arrivée en camion qui dû rebrousser chemin au pont de Saint-Conrad laissant là, la famille et les bagages, et comment de bons samaritains, déjà installés, s’offrirent de les conduire à bon port. Elle se souvient de la grande générosité de la famille Thibodeau qui, ce soir là, après avoir servit le souper aux nouveaux arrivants, accueillait la mère et les trois plus jeunes, fatigués du long voyage, à passer la nuit dans leur modeste maison déjà pleine à craquer. Comment le lendemain, en selky, elle et le plus jeune se rendirent à destination.  Elle racontait avec une exactitude étonnante l’arrivée de l’électricité; le 29 novembre 1959, vingt ans après son déménagement à Saint-Conrad. Des temps difficiles certes, mais les plus beaux souvenirs de sa vie ajoutait-elle aussitôt. C’est avec un pétillement dans le regard qu’elle parlait des visites familiales peu nombreuses compte tenue de l’éloignement et des moyens de transport de l’époque, mais combien appréciées. Ses visites surprises où la fête durait deux ou trois jours, et parfois davantage, et où la maison était remplie jusqu’à rebord. Elle savait recevoir ses invités. Son mot d’ordre; simplicité et amour.

 

Tante Clara était en réalité ma grand-tante, sœur de mon grand-père Léo Pâquet et belle-sœur de mes grand-parents Bérubé. J’ai toujours été fasciné par l’attention qu’elle portait aux gens. Égards qui se manifestaient par des petites choses simples; une carte de souhaits pour la nouvelle année avec des vœux chaleureux, réconfortants; et choses étonnantes, elle connaissait les noms de tous ces petits neveux et petites nièces, ceux de leur conjoint et conjointe, et parfois même ceux de leurs enfants. Et à chacun cette même attention accordée. Et Dieu sait combien elle en avait des petits neveux et petites nièces. Je suis de ses privilégiés qui ont eu la joie de profiter de sa gentillesse, de sa générosité, de sa présence d’esprit et de son sens de l’humour. Combien de fois après la mort de son époux, alors qu’elle vivait à Rimouski, avons-nous eu le plaisir, ma famille et moi, de la recevoir chez nous. Combien de fois durant ses visites qui duraient plus de deux jours, j’ai savouré ses récits passionnants et enrichissants. En partageant ses souvenirs d’enfance, elle m’a fait mieux connaître mes aïeuls. Je peux dire aujourd’hui qu’elle a longtemps alimenté mon goût pour l’histoire et la généalogie. Je me souviens entre autre de cette rencontre à son appartement à Rimouski en 1988, où elle s’est gentiment prêtée à mon interrogatoire pour l’écriture d’un texte pour le livre du Centenaire d’Amqui. Comment, dans les moindres détails, elle me racontait la naissance et la réalisation du « chemin des Pâquet ». Des moments de privilèges que je conserve en mémoire et sur une bande sonore.

 

Tante Clara a eu  une vie longue et bien remplie. À plusieurs reprises, elle dû plier bagages. Après son mariage, elle vécu à Amqui, Tourville, St-Léon-le-Grand, et Saint-Conrad. Veuve en 1971, elle déménagea à Rimouski, chez son fils cadet, pour ensuite se prendre un petit appartement. Sa compagnie était toujours appréciée; des petites nièces, étudiantes à l’époque, se rendaient régulièrement la voir pour passer l’après-midi avec elle. Des moments qu’elle savourait avec une grande reconnaissance. C’est chez elle que ma mère trouva réconfort quand mon père du être hospitalisé au Centre Hospitalier de Rimouski et qu’on lui diagnostiqua un cancer. C’est à Pointe-à-la-Croix, qu’elle vivra les dernières années de sa vie, et pour beaucoup de neveux et nièces, il n’était pas question de passer par là sans s’arrêter voir tante Clara. Dans son cœur, elle a toujours gardé une place importante pour sa Matapédia natale et les matapédiens qu’elle a côtoyé et aimé. Il suffisait de l’entendre en parler pour y reconnaître son affection. Dans ses paroles, jamais de regret, elle disait que si c’était à refaire elle vivrait la même vie et ferait les mêmes parcours.

 

Tante Clara s’est éteinte le 18 janvier 2000, à l’aube de ses 97 ans. Du côté de mon père, (elle épousait l’oncle de celui-ci) c’est toute une génération qui s’éteint. Tante Clara, une grande dame de qui je garderai un éternel souvenir.

 

Bon voyage tante Clara et plein de choses encore à raconter.

 

 

Un petit neveu reconnaissant

                                                                                                  Pierre Bérubé

                                                                                                          Janvier 2000

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